Démarche

ALPHABETISATION / ENTREE EN LITTERATIE

 Hervé ADAMI, Université de Lorraine, ATILF/CNRS 

  • Qu’est-ce que l’alphabétisation ?

L’alphabétisation, au sens propre du terme, est le fait de connaitre et de maitriser l’alphabet qui constitue la base des systèmes d’écriture de la plupart des langues du monde. Mais l’alphabétisation est bien plus que cela parce que la connaissance de l’alphabet ne suffit pas pour lire et comprendre des écrits. L’alphabétisation est donc le processus par lequel une personne parvient progressivement à maitriser les codes linguistiques, typographiques, iconographiques et sociaux de l’écrit. L’alphabétisation est une familiarisation progressive avec l’écrit, avec ses codes et ses fonctions sociales.

  • Qui est analphabète et qui ne l’est pas ?

Une personne analphabète ne sait ni lire ni écrire aucune langue : ni sa langue première ni aucune autre langue. On considère aussi comme analphabète quelqu’un qui sait, par exemple, signer ou lire son nom, ceux de sa famille ou son adresse mais dont la maitrise de l’écrit s’arrête là.

Au contraire, une personne qui sait lire et écrire sa langue première, mais qui apprend à lire et à écrire le français par exemple, n’est pas analphabète. D’autre part, une personne qui a acquis les premières bases en lecture et en écriture, suffisantes pour être autonome dans les situations les plus fréquentes de la vie quotidienne qui requièrent l’usage de l’écrit, ne sont pas analphabètes : le terme utilisé en France pour désigner ces cas est illettrisme tandis que l’UNESCO parle d’analphabétisme fonctionnel.

Le terme « alphabétisation » est parfois encore utilisé pour évoquer des formations qui concernent des migrants qui débutent dans l’apprentissage du français. Cependant, si ces apprenants savent lire et écrire leur langue première, il ne peut s’agir d’alphabétisation. L’utilisation du terme est donc erronée.

  • Qu’est-ce que l’écrit ?

 Dans les systèmes d’écriture alphabétique, l’écrit est une transposition graphique de la chaine parlée. Ceci signifie que tout ce qui s’écrit peut se dire et, inversement, tout ce qui se dit peut s’écrire. L’écrit est un système d’encodage/décodage qui repose sur les unités de base que sont les phonogrammes.

Mais le système graphique peut fonctionner indépendamment de l’oral : on peut lire et comprendre de l’écrit sans être capable forcément de savoir le prononcer.

L’écrit est une interaction différée : le producteur du message n’est pas en relation directe avec le récepteur, sauf quand on écrit au tableau par exemple. Ceci signifie que l’interaction écrite ne peut pas s’appuyer sur la communication non verbale : mimiques, gestuelle, intonation, etc.

Le système de l’écrit s’inscrit toujours dans un contexte, sur des supports, dans des lieux particuliers. L’écrit, ce sont des livres, des affiches, des panneaux, des SMS, des écrans, etc. Chaque support, chaque lieu donne du sens à ce qui est écrit, en plus du sens porté par les signes eux-mêmes.

  •  Une alphabétisation contextualisée, finalisée et intégrée

 Nous concevons le processus d’alphabétisation comme une entrée progressive dans l’univers de l’écrit en découvrant les contextes concrets de l’écrit, ses enjeux communicationnels et sociaux et son système de codage de l’oral. L’apprentissage du B-A BA n’est qu’un aspect du processus, surtout pour les apprenants non francophones qui apprennent à lire le français en même temps qu’ils apprennent à le parler. En effet, une fois qu’ils auront appris à déchiffrer les syllabes puis les mots par exemple, ce n’est pas pour cela qu’ils comprendront ce qu’ils lisent. Avec des apprenants non francophones, les apprentissages de l’écrit et de l’oral sont donc fortement liés dans notre démarche.

La démarche d’alphabétisation que nous proposons repose sur plusieurs principes :

  1. C’est une démarche contextualisée qui utilise des supports et des documents de la littératie vivante, c’est-à-dire des documents authentiques[1]. L’écrit prend du sens aussi via le support sur lequel il apparait : sa taille, sa couleur, son emplacement, la façon dont il se présente au lecteur, etc., tout cela contribue à apporter des informations.
  2. C’est une démarche finalisée : on lit des documents réels et on écrit dans des situations réalistes. On sait toujours pourquoi on lit et pourquoi on écrit, on a toujours une raison de le faire.
  3. C’est une démarche intégrée :
    – intégration de la découverte des contextes de l’écrit, de la mémorisation des formes graphiques et de l’apprentissage du décodage ;
    – intégration de la fin (lire et écrire pour communiquer) et des moyens pour y     parvenir (des outils authentiques et pas des signes graphiques hors contexte) ;
    – intégration de l’apprentissage de l’écrit et de l’oral.
  • Comment se présente cet outil ?

En nous appuyant sur les bases qui viennent d’être décrites, l’outil que nous avons conçu se présente en proposant 3 voies d’accès à l’écrit :

Voie 1 : L’écrit en contexte
Objectif : entrer dans l’univers de l’écrit en partant du contexte concret et de la réalité perçue par les lecteurs. Dans la réalité, l’écrit hors contexte n’existe pas.

Voie 2 : Lire, écrire et mémoriser
Objectif : multiplier les exercices de lecture sans décodage qui permettront aux apprenants de « photographier » les mots et d’en mémoriser la forme. C’est une façon d’enrichir rapidement le stock de mots disponibles immédiatement en mémoire.

Voie 3 : Décodage et encodage de l’écrit
Objectif : donner les clés du déchiffrage grapho-phonétique. Il s’agit d’aider l’apprenant à développer une conscience phonétique et à comprendre les mécanismes d’articulation entre l’écrit et l’oral. Cependant, ce travail, indispensable pour accéder pleinement à la lecture autonome, est envisagé dans cette démarche en partant de l’écrit réel, contextualisé et finalisé et non en partant de formes linguistiques abstraites de tout contexte.

Cependant, aux côtés des activités centrées autour de ces trois voies d’accès à l’écrit et des thèmes de la vie pratique, sociale, professionnelle ou culturelle, d’autres activités, ne reposant pas sur le principe des documents authentiques et de la littératie vivante, seront proposées. Il s’agit d’activités plus ludiques qui viennent en appui des autres activités et participent de la consolidation des acquis.

[1] Bien que, comme nous l’avons déjà écrit : « l’authenticité parfaite est une illusion dans la mesure où un document est forcément didactisé, à partir du moment où il est utilisé dans une situation d’apprentissage guidé. » (Adami, 2009, p.167)

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